La leçon du primate

dans Indépendants/Thargoids Par

Il était une fois, il y a bien longtemps, un primate surveillant d’un œil méchant un étranger qui venait d’arriver au seuil de sa grotte. Il faisait nuit, le tonnerre grondait et des éclairs déchiraient le ciel. Au sol de la grotte, empestant l’urine et le sang, s’étalaient les restes d’une viande à peine cuite faute d’une expérience qui prendrait des générations. Il n’y avait pas si longtemps ce primate se contentait de ce qu’il cueillait et ramassait. Puis il avait découvert comment tailler un bout de bois pour piquer et tuer des proies. Il avait amélioré le concept en taillant une pierre qu’il avait fiché au bout d’une lance. C’était bien plus efficace, c’était bien plus mortel. Ça avait prit des siècles.

En ce jour froid d’automne, perdu dans les limbes verdoyante d’une forêt s’étendant jusqu’à l’infini, le primate découvrit un visage inconnu. « L’autre » se tenait debout au seuil de la grotte….de LEUR grotte. Cet étranger n’était pas de la même tribu. Il était différent, il était moche et il ne sentait comme les autres. C’était une créature dangereuse dont la tête devait à tous prix être écrasée par le galet que le primate tenait dans sa main droite. Discuter ? Impossible, il ne parlait pas le même langage. L’inviter à entrer ? Ridicule, il prendrait la viande, les femmes et tuerait les enfants. Il fallait se battre pour la survie de l’espèce, cet instinct viscéral et si puissant qu’il poussa notre primate vers sa cible en hurlant de rage.

Personne ne se souvient de cette grotte, des membres broyés de l’étranger, de ses dents fièrement portées au cou du chef de la meute vainqueur d’un combat qui n’était que le premier d’une immense série. Tout le monde oublia cette soirée tragique d’automne au milieu d’une forêt luxuriante de la vieille et lointaine Terre. Les millénaires se sont égrainés, le primate a apprit, érigé des maisons, des routes, des murs et cathédrales, fondé et détruit des empires. Il a découvert l’atome, sa fission et sa fusion, il a rasé des peuples, lancé des hommes fouler la poussière lunaire, créé des firmes capables d’envoyer des vaisseaux mondes au nom de la survie de l’espèce. Et à chaque fois qu’un étranger s’est présenté au seuil de la grotte, qu’il soit un étranger, un virus ou une bactérie, il s’est arrangé pour le dominer, par la voie de la force, de l’intelligence et de la science.

Quelle incroyable chance, quelle bonne étoile il a toujours eu ce primate, plus que la plupart des autres espèces.

Assis sur des millénaires d’héritages et de traditions, il pense avec un orgueil sans limite que ce sera toujours ainsi. Ainsi, l’arrivée d’une créature appelée Thargoid, debout au seuil d’une grotte dont les limites sont celles du cosmos, fait réagir le primate comme il l’a toujours fait. Il veut vaincre.

C’est maintenant l’heure où les plus grands primates de la galaxie se réunissent pour envisager toutes les possibilités. Même s’ils appartiennent à des tribus différentes et ennemies, l’enjeu est tel qu’ils font des concessions, au diable leurs anciennes querelles, au diable ces milliards de vies balayées au nom du plus fort et de l’intérêt des habitants de la grotte. Il est l’heure de se concentrer sur cet étrange Thargoid et d’envisager comme on va l’évincer, l’utiliser, faire mine de le comprendre pour finalement triompher et s’assurer de la survie de l’espèce.

Car la leçon est que ce primate ne peut pas envisager la disparition de son espèce. Son cerveau en est tout simplement incapable. C’est sa force, grâce à elle il est toujours là, qu’il s’appelle Président, Premier Ministre ou Impératrice. C’est sa force, mais c’est peut-être aussi sa plus grande faiblesse.

Parce qu’un jour, le primate pourrait bien finir par tomber sur plus fort que lui.